Jalon 3 : La fille à la feuille de chou.

Iris est la concubine, par, parmi les siens tu vivras.

haifa1.jpgHaïfa est la capitale du nord d’Israël, à une petite cinquantaine de kilomètres au sud de la frontière libanaise, elle est juchée sur là où la chaîne des Carmel qui s’étend vers l’est et le sud, plonge dans la mer Méditerranée en une presqu’île pointant vers le nord telle une écharde sur une côte qui descend presque droite du sud de Tripoli à Gaza. La ville est découpée en quartiers dont la valeur locative et le prestige à habiter est fonction de l’altitude et de la latitude, plus c’est haut et au nord, plus c’est huppé. En fait la pointe nord offrant plus de 180° de panorama sur le large et la baie est occupée par des bidasses et un monastère catholique Nous vivons plutôt au sud, à mi-auteur, à Navé Sha’anan , enfin, dans la banlieue nord-ouest du quartier, à flanc de colline. La plupart des logements y datent des années 60, des barres de 8 à 12 étages, parsemées de tours plus récentes pouvant monter de plus du double. Pas assez pauvre pour accueillir des arabes, mais pas assez riche pour recevoir une autre population que des presque pauvres, des russes majoritairement, c’est là que nous résidons. Iris, sa fille Tal, son fils Daniel et ma pomme, l’appartement occupe 60 mètres carrés au cinquième étage depuis la rue de la façade ouest, au deuxième depuis celle du levant qui donne sur le parking terminant une impasse. Haïfa est une ville d'escaliers.

 

Où il est possible d'entendre parler hébreu, roumain, anglais et français dans une seule conversation.

En montant deux volées de marches et en marchant une petite centaine de mètres, on arrive devant l’immeuble des parents d’Iris, Dédé la gouache et Safta Néta. Il est né en France et elle en Bucovine, nous avons un jour parlé du nombre de nationalités qui ont été les siennes sans pour autant qu'elle est eu à déménager, ukrainienne, roumaine, russe, dans le désordre chronologique et celui des guerres. Son père était général dans l’armée rouge, un peu espion aussi. Pendant la guerre, encore enfant, elle n’a trouvé d’asile qu’en Ouzbékistan, mais dit volontiers que Moïse, à marcher pendant quarante ans, aurait du conduire son peuple vers l’ Ukraine plutôt qu’ici, une vrai ashkénaze donc. Lui est resté français, parisien de naissance, réfugié en Corse pendant l'occupation, ses oncles étaient militants communistes et ont pu organiser leur fuite, il a gardé de sa naissance une part de chauvinisme gaulois. Tous les soirs, tous deux regardent Questions pour un champion et le journal de TV5 , le français était la langue de leurs apartés quand les enfants étaient petits, seule Iris, l’aînée, maîtrise maintenant cette langue. Ils ont eu deux autres enfants, Chouki, et Sivan , le cadet c’est marié, et comme beaucoup ici, a choisi l’informatique et le hight tech et l'exil, il est parti travailler et vivre en Australie. La benjamine y est partie aussi mais en est revenue, avec sa compagne. Ce sont les enfants, leur éloignement, ou le peu d'enthousiasme qu'ils ont à s'arranger une vie traditionnelle qui provoque l'ire et le désarroi de Néta, Dédé dort, mange ou fait sa vie, suit sa pensée, mais je ne l’ai pas entendu participer à ce genre de débats.

 

Un raccourci pour Lesbos

Si plutôt que de repartir vers l’appart, et pour peu que l’on dispose de la clef il n’est qu’a traverser un parking et une rue, monter quelques marches pour se trouver devant l’immeuble qui loge Sivan et les siens. De son mariage "classique" elle a eu une fille, Nitsan, une mignonne petite peste blonde de huit ans. Plus tard pour satisfaire ses besoins de maternité et d'allocations familiales, par insémination artificielle maison, passage au sex-shop, branlette, récupération de la semence et injection à la shooteuse, elle a donné un fils à un chantre homosexuel new-yorkais, Ben, capricieux et geignard plus encore que tous les enfants roi, celui-ci, peut être parce qu'il lui est voué une espèce de culte jusqu'en son surnom "boulboula" (quelque chose comme bitounette), possède la faculté de me faire admettre la possibilité d'infanticide. Vit aussi là une chatte avec laquelle je m'entend bien. L'appartement est spacieux, refait à neuf il y a moins d'un an, équipé de tout ce que peut offrir technique et design, mais avec sobriété et climatisation efficiente. La compagne ramenée d'Australie, Naomi, est repartie peu après mon arrivée, n'ayant pu trouver la force durant son séjour de plus d'un an, de vouloir apprendre quelques mots d'hébreu, de sortir seule de l'appart, bref de faire autre chose que de regarder CNN à la téloche. Sivan travaille à récolter des fonds et des soutiens pour une ou des organisations, je ne sais pas grand-chose de son travail si ce n'est qu'elle est payée pour parti au pourcentage et que celui-ci lui rapporte pas mal, toda raba.

 

Il est possible de faire l'Allia même pour des natifs de Zion

Chouki, venu passer six semaines au pays, constatant l'échec probable de la proposition qu'il faisait d'emmener toute sa famille vivre avec lui en Australie ( je doute que le résultat fût plus probant du coté des beaux parents, même si l'organisation en eut été plus facile, sa femme étant enfant unique) est reparti pour travailler à plein régime, faire un maximum de tunes, vendre tout et revenir dans dix huit mois pour s'installer au pays. Tous deux sont ingénieurs en informatique chez IBM. Il est déjà question d'acheter un grand terrain et d'y construire autant de villas qu'il y a de foyers. En cela les familles juives ne différent guère des aveyronnaises dont les enfants construisent sur la vigne des parents. Ils ont deux enfants, une fille de huit ans, gâtée sans doute mais que je n'ai pas assez fréquentée pour émettre un quelconque avis et un fils qui lorsqu'il ne se roule pas par terre, n'est pas gavé par sa mère sait se montrer curieux et souriant.

Hibou, genou, caillou, pou…

Lors de mon premier séjour, c'est en voiture que nous allions chez les uns ou les autres, comme trier les bouteilles plastiques ou se donner la peine d'éteindre la lumière quand on quitte une pièce, il est des choses qui ont changé. Cependant pour la lumière ce n'est gagné qu'avec Iris, Daniel a peur du noir et du silence, Tal s'en fout. Si il est un examen d'égoïsme et de jemenfoutisme adolescent, je crois qu'elle peut postuler au prix d'excellence. Pour l'heure elle a passé le bac, les épreuves s'échelonnaient sur plus d'un mois, les veilles d'examens étaient rythmées de ses cris hystériques réclamant qu'on lui servit à manger, apporta à boire ou pour affirmer que seule, elle était en droit de faire du bruit, d'émettre une parole. Les autres jours, ou maintenant que son diplôme est acquit, le temps passé à la maison l'est généralement à dormir, éveillée, elle mange ou téléphone, entre et sort des toilettes pour y chercher des rouleaux de papiers,dont elle dévide la longueur nécessaire à quatre ou cinq tours de sa main gauche, s'en pince délicatement le nez, comme pour se moucher, puis laisse sur tout support proche le rouleau quand son centre en carton ne peut plus contenir les feuilles froissées après usage. Vers le soir elle illumine toute la maison, inonde la salle de bain, abandonne deux ou trois serviettes de bain et des vêtements sur le sol, sur le bord du lavabo,un verre d'eau chaude dans lequel baigne son tube de mascara, dans le lavabo, le téléphone, s'y maquille, s'y parfume aussi et après se mire maintes fois dans tous les miroirs de la maison suivant un ordre établi. L'un sert à confectionner le maquillage, un autre, en fermant les portes desquelles, même par une nuit sans lune, filtrerait une lumière qui parasiterai le reflet,à en vérifier l'épaisseur, l'effet et aussi à choisir la vêture qui parfois lui sied . Puis elle sort. La nuit est tombée, elle ne rentrera que vers quatre ou six heures, rallumera les lumières, pillera le frigo, mettra la radio dans sa chambre et à la fraîcheur du climatiseur qu'elle ne manquera pas de mettre en marche, jouera une partie de bowling virtuel sur la console de jeu de son frère installée au séjour. L'autre jour, la veille du spectacle organisé par les terminales, elle a réveillé la maison, en pleur, parce qu'une application imbécile de crème auto bronzante lui avait fait une tête à la "éléphant man". Un instant elle est redevenue une petite fille, appelant sa maman sur un autre ton que pour lui réclamer les clefs de la voiture, et elles sont parties à l'hôpital. Respectant le principe, une question, deux juifs, trois réponses, trois heures après elle sont rentrées avec le numéro de téléphone portable du médecin qui préconisait une injection de cortisone, et qui acceptait de rester à disposition pour appliquer son traitement, mais surtout avec le conseil prodigué dans la salle d'attente d'appliquer des feuilles de choux sur les yeux, légume généreux qui serait à même d'absorber la disgracieuse excroissance. Je procurai des oeillères souvenir d'un voyage avec Air France qui servirent à tenir coincées les feuilles sur l'orbite gonflé, et elle reprit sa nuit. Le soir venu, nous pûmes assister à sa prestation dans le spectacle pour lequel un metteur en scène, une chorégraphe et un ingénieur du son professionnels étaient engagés en échange de la mise à disposition d'un budget de soixante cinq mille shekel. Pour avoir assisté à des spectacles de kermesses d'école primaire, ou de ceux de fin d'années d'école de danse, je dois dire que le recrutement n'avait d'autres effets qu'un soutient par l'insertions d'images et d'effet vidéo sur deux grands écrans de part et d'autre de la grande scène du palais des congrès d' Haïfa. Comme la fin du lycée est ici synonyme d'entrée dans l'armée, deux ans pour les filles, trois pour les garçons, il y eut un tableau en uniforme où le respect pour Tsaal fût affirmé par tous. Le reste était un mélange de parodie biblique, et une reprise d'un feuilleton humoristique singeant la vie scolaire, nous eûmes même droit à un quatuor qui après avoir vaguement interprété un morceau de rock dans un coin de la scène, se déloqua et traversa le plateau dans doute sa largeur, le sexe pudiquement caché d'une feuille de vigne. Une soirée sans grand intérêt, si ce n'est que tous chantaient et dansaient avec enthousiasme, la chorégraphe à défaut d'obtenir un résultat original était toute de même parvenu à obtenir un semblant d'unité.

 

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